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Des hommes de l'OUEST

Samedi 19 Janvier 2013, 17:17 GMT+2Par PrincecranoirCet article a été lu 18216 fois
Passage en revue de westerns d'hier et d'aujourd'hui : La blonde et le shérif (Walsh), l'aventurier du Texas (Boetticher), Django unchained (Tarantino)

"Le vieux chasseur s'enveloppa dans sa couverture. Je me demande s'il y a d'autres mondes pareils, dit-il, ou si c'est le seul." Cormac McCarthy.

Quatre ans après avoir plongé sa plus belle blonde dans les remous de « la rivière sans retour », la Fox retente l’aventure avec son ersatz à forte poitrine dans « la blonde et le shérif ». Ce fut pour Jayne Mansfield, qui avait alors toute sa tête, la dernière occasion de briller au box-office et pour Raoul Walsh la première de connaître les joies des tournages de western en terre ibère. A l’endroit même où, quelques années plus tard, Sergio Leone (enfin Bob Robertson) mettra Clint Eastwood à la sauce spaghetti « pour une poignée de dollars », le borgne tonitruant trouve son compte de paysages grandioses donnant parfaitement le change aux grands espaces de son pays natal. Co-production rosbif oblige, on lui colle dans les pattes toute une équipe de Britons dont un chef op’ pas manchot (Otto Heller, un Anglais qui fleure bon l’air du Danube bleu, qu’on verra à l’œuvre sur le génial « peeping tom », voir séquence n°5) et une vedette comique locale nommée Kenneth More. Ce dernier, faisant fureur dans des pitreries « tongue-in-cheek » du genre « toubib or not toubib », se charge de donner le change à une tripotée de ricains pure souche, une horde de « sauvages » des anciennes « colonies » qui carburent au tord-boyau et s’expliquent au son du six-coups. On trouve donc sans surprise tous les ressorts typiques de la comédie de transplantation (du type « bienvenue chez les ch’tis » avant l’heure) où l’on épuise au maximum le fossé culturel et langagier des deux continents, tout en passant en revue tous les clichés de la mythologie westernienne agrémenté d’un cinémascope léché et de quelques ritournelles chargées d’enrober le tout. Il faut avouer que sous le feu nourri de la mise en scène de Walsh, l’objet n’est pas si désagréable à regarder, sans toutefois qu’il faille pour autant placer ce titre au panthéon de ses meilleurs films. « La blonde et le shérif » est un « film curieux » pour Patrick Brion, un forfait de fin de carrière qui fleure tout de même le produit fabriqué par la Fox pour faire fructifier un pactole financier bloqué dans les banques anglaises. On peut en effet le voir comme un projet alimentaire pour Walsh qui le torche cependant avec suffisamment de métier et une certaine classe qui ferait pâlir n’importe quel tâcheron le plus appliqué. Même encombré d’une charge dialoguée pas toujours très percutante, le metteur en scène lâche la bride dès qu’il sent poindre la moindre échappée vers l’aventure. Les séquences deviennent d’un coup très plaisantes à regarder et l’humour beaucoup plus appréciable. Et quand une tribu d’Indiens sortis d’on ne sait trop quelle ethnie vient se mêler à l’affaire, la farce héroïque tourne presque à la fresque épique. Sans exagérer, lorsque le script se paie la tête des blancs au profit des autochtones, on en viendrait presque à pousser des « yipee ! » tout en applaudissant des deux mains. Il faut dire que le cow-boy rugueux et coriace en prend pour son grade, qu’il soit patron de ranch ou tueur d’élite à son service. La donne est assez classique : les Lazy-S et les Box-T font la loi dans une petite ville de Fracture Jaw (littéralement « mâchoire fracturée ») et s’entretuent au premier regard de travers quand débarque un pied-tendre venu de la lointaine Angleterre pour vendre à ces messieurs-dames quelques fusils de tir « sportif ». Heureusement pour lui, « the good Lord looks after the fools and the Englishmen » prétend le maire de la ville (ainsi que négociant en alcool et pasteur à ses heures) joué par l’impayable Henry Hull, vieille trogne familière de Walsh toujours prêt à traîner dans ce genre de coup foireux. C’est sans doute plus les nécessités de la production que les voies du seigneur qui poussent la blonde tenancière en résille et à poitrine obusière à succomber au flegme naïf de l’insouciant et imperturbable étranger, idylle trop artificielle pour être franchement honnête. Par contre, le petit stage de ce dernier chez les peaux-rouges est à mettre au crédit des meilleurs moments du film, notamment lorsqu’il se voit contraint de faire un choix cornélien entre l’adoption pure et simple des coutumes tribales et une mort à petit feu. Le marchand d’armes trouve par ailleurs une clientèle bien moins regardante que ses congénères anglophones, et plus encline à se plier aux bonnes manières des sujets de Sa Majesté. Une manière comme une autre de bousculer gentiment les clichés du genre tout en jouant sur le décalage des us et sur quelques gags qui feront le bonheur de certains auteurs de bande-dessinées (le coup du corbillard qui suit le shérif partout où il va). Jonathan Tibbs, héritier de la manufacture d’arme de son riche oncle, n’est pourtant pas si éloigné de l’archétype du héros walshien. Si on s’en réfère aux critères déterminés par l’historien du cinéma Tad Gallagher, il est, tout comme Walsh, un de ces héros en fuite (« with something to escape from » dit Gallagher) qui s’accomplissent et se redécouvrent en partant à l’aventure sous d’autres latitudes. Inventeur bridé et infortuné en son pays, il se verra assez vite épinglé de la prestigieuse « tin star » dont l’autorité bafouée retrouvera grâce à lui son prestige d’antan. Mais c’est moins la conclusion un peu bêtasse de cette histoire, ou les gadgets qu’elle dissimule dans ses manches qui font la valeur de la « blonde et le shérif » que cette sensation d’être encore de plain-pied dans le cinéma de Walsh avec, comme dirait Gallagher, « de l’amour et de l’aventure à la première personne. »

Sorti la même année que le Walsh, on ne trouve pas l’ombre d’une blonde dans « l’aventurier du texas », un des sept piliers de la mythique série de westerns que Oscar Budd Boetticher tourne avec son acteur de prédilection Randolph Scott. Coincé entre les prestigieux totems lithiques que sont « sept men from now » et « Comanche Station » (voir revue n°20 et séquence n°58), ce « Buchanan rides alone » s’avère sacrément bien troussé et fait surtout oublier la fadeur de « Decision at Sundown » (voir séquence n°87). Il démarre d’ailleurs sous des auspices agréables, celles d’une ville frontière à demi-délabrée typique du genre, une de ces bourgades plantées sur un sol stérile duquel ne semblent émerger que les cactus géants et quelques crêtes montagneuses en guise d’horizon. Ce magnifique coin de désert perdu entre Etats-Unis et Mexique s’avère être sous la coupe népotique d’un hôtelier versatile (un Peter Whitney très sudoripare), d’un shérif véreux (Barry Kelly et ses airs patibulaires) et d’un juge vénal (Tol Avery tout en fourberie tranquille). Il faut dire que la famille Agry à elle seule, c’est tout un programme. Amos, Lew et Simon, les trois frères ventripotents, sont aussi les barons omnipotents de la ville qui se soumet à leur bon vouloir. Chaque citoyen n’est ici qu’un pion sans importance, une masse humaine indéterminée qui fait à la fois rimer Agry avec « agree » (d’accord avec les autorités) et « angry » (ils sont tous obnubilés par l’idée de lyncher le tueur de la tête brûlée Roy Agry). A « Agry Town », le saloon se change en un rien de temps en salle de tribunal et la prison est pareille à une geôle médiévale, avec un sol recouvert de paille pour toute litière en attendant la corde. Un pittoresque nid de crotales dans lequel l’impeccable Tom Buchanan débarque le temps d’une escale qui s’avérera un peu plus longue que prévue. Un règlement de compte au saloon (encore une histoire de vengeance toutefois périphérique alors qu’elle est au cœur des autres films de la série) entre le fiston Agry et le valeureux Juan de la Vega (dont le blanc habit apparaît tout aussi probe que celui du noir Zorro) suffiront à faire basculer l’étranger dans une affaire de famille aux nombreux rebondissements. Les premiers échanges au poste frontière prennent le pouls du scénario de Charles Lang Jr (écrit à partir d’une nouvelle de Jonas Ward). La gravité inquisitrice du shérif au poste frontière (que Boetticher prend bien soin de filmer derrière les épais barreaux de la prison) contraste immédiatement avec la causticité amusée de Buchanan répondant à ses injonctions. « Welcome in California » semble nous dire ironiquement le metteur en scène qui trouve ici matière à rendre, par contraste, un vibrant hommage à la noblesse mexicaine (pays cher à son cœur puisqu’il s’y initia à l’art de la tauromachie), sa révolution et son combat pour la liberté. On n’a pas vraiment l’habitude de voir Randy Scott bardé de la sorte, cartouchières en bandoulière et ceinture de pièces d’or à la taille, chevauchant un alezan sans commune mesure avec son célèbre palomino Stardust. C’est d’ailleurs sous la selle de Juan (bientôt rebaptisé Johnny par « l’aventurier du Texas ») que l’on retrouve le fougueux canasson, aussi indomptable et fier que l’est son propriétaire. L’humour est une des composantes principales du film, notamment grâce au personnage d’Amos, l’hôtelier pusillanime qui navigue incessamment d’un frère à l’autre pour récupérer sa part du gâteau. Sa balourdise et son empressement font de lui la risée des personnages pour le plus grand bonheur du spectateur. Malgré une certaine bonhomie, le film charrie tout de même son lot de drames et nombreux sont les gaillards trop exposés qui vont se voir lestés de plomb. Parmi eux, se détache la dégaine d’un homme de main à l’accent chantant : L.Q. Jones que l’on retrouvera quelques années plus tard dans la troupe du grand Sam Peckinpah. Compatriote texan du héros, il vient illustrer non sans ironie la primauté des liens du sol sur la parole donnée. On doit assurément à ce personnage la trajectoire la plus émouvante du film, sympathique mais secondaire, donc susceptible d’être sacrifié (« expendable » comme disent les ricains). « En général, on n’enterre jamais les morts dans les westerns, les cadavres se volatilisent, » raconte Boetticher. « Aussi ai-je pensé qu’il était temps que l’on enterre enfin quelqu’un ». De quoi alimenter quelques scènes singulières comme celle où Buchanan et Pecos (L.Q. Jones justement), ficellent le cadavre d’un troisième larron au sommet d’un arbre faute de pouvoir l’inhumer près de la rivière. Il faudra également une bonne suée et une sacrée dose d’huile de coude pour mettre en terre tous ceux qui mordent la poussière dans une fusillade finale où l’on s’étripe sans état d’âme pour une sacoche fourrée en dollars. « Ne reste pas planté là Amos, va chercher une pelle » intime l’intimidant Carbo tout de noir vêtu, âme damnée du juge qui saura tirer son épingle du jeu. Il est, avec le valeureux Buchanan, l’autre figure de proue de ce western, un homme de main élégant mais toujours en retrait et dont la verve laconique et percutante annonce celle d’un Clint Eastwood chez Sergio Leone. Si les personnages sont tous superbement plantés sur l’échiquier de ce jeu de dupe familial, « Buchanan rides alone » puise son énergie principale dans une suite nourrie de rebondissements ahurissants. Foin de vraisemblance pourvu qu’ils soient servis avec brio. C’est évidemment le cas grâce à la précision mathématique de Budd Boetticher, qui ne manque pas l’occasion de nous offrir quelque chevauchée au clair de lune dans une nuit américaine composée par le chef op’ Lucien Ballard. « Buchanan rides alone » certes mais le spectateur n’est jamais distancé par ces aventures houleuses à la frontière de la légalité. Héros solitaire mais finalement très ordinaire, le personnage joué par Scott semble étonnamment subir les évènements plus qu’il ne les domine, parfois même pris alors qu’il croyait prendre. C’est peut-être cette dernière touche d’humanité (il défend une noble cause à ses risques et périls) légèrement assombrie d’un aveu de faiblesse (il est motivé aussi par l’idée de récupérer son argent) qui le rend finalement si sympathique. Un dernier signe de vie avant de le voir à nouveau s’enfoncer dans le noir abîme de la vengeance.

Chacun de ses films étant à la fois acclamé par la critique et attendu comme le messie, Quentin Tarantino est un des rares réalisateurs à posséder toute latitude quant au contenu et à la facture de ses projets. Après avoir longuement remodelé le film de gangsters, affiché sa passion pour le film de sabre et poussé le film de guerre aux limites de ses artifices, il entre avec « Django unchained » de plain-pied dans ce qui est sans doute le genre le plus américain qui soit : le western. On peut pourtant trouver cocasse que son hommage préfère au classicisme walshien (on pense forcément à « l’esclave libre », voir sur ce blog « West of Walsh ») la manière Corbucci en citant en tête d’affiche le nom toujours célèbre d’un pistolero spaghetti incarné jadis par l’Italien Franco Nero (qui jouit d’un malicieux caméo à destination des plus cinéphiles). C’est sans doute parce qu’il choisit à nouveau un traitement iconoclaste du genre, à l’instar de son « Inglourious basterds » (qui détournait lui-aussi un titre emprunté au cinéma bis italien, voir séquence n°14) avec lequel ce film-ci pourrait former un diptyque tout à fait homogène. Tarantino y recycle tout d’abord sa principale trouvaille du film précédent en la personne du génial acteur allemand Christoph Waltz. Le machiavélique polyglotte nazi est ici reconverti en chasseur de primes, après avoir un temps embrassé une brève carrière de dentiste itinérant. Ce bon docteur Schultz qu’il interprète préfère désormais plomber ses clients à coup de revolver tout en conservant cet incomparable goût de la frivolité langagière. Nonobstant un certain amour de l’argent, il n’en développe pas moins une fibre philanthropique qui le met à distance sympathique des innombrables crevures d’esclavagistes racistes qui vont jalonner son parcours. Il est donc assez paradoxal de voir ce lettré compatriote du futur chancelier Bismarck (le film commence en 1858) s’enticher d’un poulain à la peau d’ébène qui se trouve être, par la force des choses, totalement analphabète. Il sera le Bon de l’histoire, tandis que le black Django sera sa Brute. C’est Jamie Foxx qui s’y colle, faisant ses premiers pas en terre tarantinienne. Bon élève, il apprend vite et se montre même particulièrement doué pour mettre en bouche la partition du réalisateur (au point même de lui offrir les paroles d’un hymne rap inclus dans la BO du film). Si le Tarantino est une musique, elle est immanquablement rythmée par ses éclats de violence. Toujours très graphique, celle-ci s’impose à chaque fois comme un challenge que l’orgueilleux metteur en scène veut impérativement faire passer à la postérité. De fait, « Django » recèle en son climax une fusillade particulièrement mémorable, une figure imposée qui lui donne l’occasion d’éprouver ce morceau de bravoure en le soumettant brillamment aux contraintes du six-coups. Aussi déchaîné qu’il puisse paraître, « Django » n’est pourtant pas qu’une suite de fusillades furieuses dans lesquelles les protagonistes seraient capables de dégainer vingt-quatre fois par seconde. Il contient son lot d’images fortes, comme ce plan hautement symbolique montrant une giclée de sang maculer un champ de coton. Car son « Django » à lui n’est pas qu’une fantaisie composite qui se fend d’un énième hommage au cinéma d’exploitation, ni même une mise au goût du jour d’un genre dont les codes sont aujourd’hui, il faut bien l’admettre, un peu passés de mode. C’est aussi un film politique. De la même manière qu’il revisitait sans complexe la grande Histoire en consumant dans un extraordinaire feu de joie l’élite au du IIIème Reich, il porte un regard sévère sur les agissement les moins glorieux des colons blancs dans les grandes plantation du Sud des encore jeunes Etats-Unis d’Amérique. « Django » est en quelque sorte la réponse d’un (plus très) jeune surdoué du cinéma à « la Naissance d’une Nation », œuvre désormais patrimoniale que D.W. Griffith offrait à travers la première fresque fleuve de l’histoire du cinéma. « C’est une chose pour Griffith d’être un vieux raciste qui se plaint que les temps ont changé et une autre que de s’associer au révérend Dixon pour travailler sur son film tous les jours pendant un an ! » s’emporte le réalisateur devant le journaliste de Télérama. La preuve en est cette séquence détournée des raids noctures du Klu Klux Klan dont l’accoutrement terrifiant est joyeusement tourné en ridicule lors d’une scène particulièrement hilarante. Sans doute s’est-il souvenu de John Ford qui jouait un des types du Klan et qui racontait « je tenais ma cagoule relevée d’une main parce que ce putain de truc n’arrêtait pas de glisser devant mes lunettes. » Il en fait un des moments les plus drôles de ce film au sujet pourtant bien grave. Mais de la même manière qu’il ne se laissait pas impressionner par la dramatique question du génocide juif dans « Inglourious Basterds », il aborde la question douloureuse de l’esclavagisme et de la traite des Noirs en faisant le même pied de nez aux chiens de garde rigoristes de la mémoire (monsieur Spike Lee n’a d’ailleurs pas apprécié). A l’image des films de la Blaxploitation à laquelle il a déjà largement rendu grâce dans ses films, il choisit de forger la légende d’un héros noir capable à lui seul de renverser l’Histoire, d’inverser les rôles. Tarantino imagine son Django tel un Siegfried des champs de coton se portant au secours d’une improbable Brünehilde retenue prisonnière dans l’enclos infernal d’un monarque absolu, un dandy de la traite négrière campé par un DiCaprio en très grande forme. L’ironie de son sort (qui est allée germer dans l’esprit tortueux de Tarantino) tient d’ailleurs toute entière dans sa francophilie affichée et revendiquée, une passion présentée comme pédante et superficielle au point de ne pas même connaître le nom du créateur de ce D’Artagnan qui l’inspira tant pour baptiser un de ses esclaves combattant. Il sait encore moins que dans les veines de Dumas coule du sang noir (« Mon père était un mulâtre, mon grand-père était un nègre et mon arrière-grand-père était un singe. Vous voyez, Monsieur : ma famille commence où la vôtre finit. » avait un jour dit Dumas à un de ses détracteurs) et encore moins que l’écrivain s’est fendu d’un livre sur un héros inspiré des exploits de Siegfried (« les aventures de Lyderic, grand forestier de Flandres »). Au côté de ce Southern Man d’une espèce aristocratique incestueuse et finissante (“Your crosses are burning fast” chantait naguère un Neil Young qui aurait parfaitement trouvé sa place dans la BO), on trouve une âme damnée campée par le fidèle Samuel L. Jackson, dont l’anti-négritude revendiquée vient complexifier quelque peu la dialectique jusqu’alors si simple du film de Tarantino. Dans ce film au charme excentrique et particulièrement narcissique (le réalisateur ne résiste pas à l’envie de repasser devant la caméra pour nous confirmer qu’il est décidément un piètre comédien), construit comme une suite feuilletonnante d’aventures qui tournent certaines fois à l’exercice de style, la partie située dans l’enceinte tragique de Candyland constitue non seulement l’aboutissement d’une quête de (un peu trop) longue haleine, le cœur noir d’un authentique chef d’œuvre qui aurait pu titrer : Autant en emporte le sang.

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borat8 dit

Le meilleur Tarantino depuis Kill Bill volume 1. Un western jouissif sur un sujet peu abordé, très bien interprété et visuellement splendide. Néanmoins BO pas toujours raccord, sang qui gicle un peu trop (pas qu'il y en a trop mais que la quantité qui gicle est parfois improbable) et scène du dîner très longue pour eux.

Samedi 19 Janvier 2013, 18:40 GMT+2 | Retour au début

Il faut considérer la BO et le sang qui gicle (comme dans tous ses films) comme une figure de style allégorique et très éloignée par essence d'une quelconque intention réaliste.

Samedi 19 Janvier 2013, 19:28 GMT+2 | Retour au début

Ronnie dit

Salut le Prince
Superbe papier pour un superbe film :-)
Le Quentin aime le cinéma & les acteurs & ces derniers le lui rendent bien, tout ça transparait sur l'écran, c'est énergique, créatif, ironique, moderne, stimulant & passionné.... Du bon grand cinéma :-)

Dimanche 20 Janvier 2013, 09:08 GMT+2 | Retour au début

merci du compliment.

Effectivement, il y a tout ça dans "Django unchained", avec en sus une petite pointe de vanité assumée de la part du réalisateur. La scène du crâne en particulier (encore une fois située dans la partie Candyland, le meilleur du meilleur) outre sa référence à la phrénologie très en vogue au XIXème, pourrait en être un des signes révélateurs. Elle me rappelle furieusement l'apparition de Bob Mitchum dans le formidable "Dead Man" de Jarmush, où on le voit trônant devant un tableau à son effigie et un crâne posé sur la table.

Dimanche 20 Janvier 2013, 09:39 GMT+2 | Retour au début

Voilà une bien jolie chronique (comme d'habitude) pour un bien joli film qui, même s'il possède quelques défauts à mes yeux (dont tu as déjà pris connaissance), demeure un très joli moment de cinéma.
Et je constate que je ne suis pas le seul à avoir eu la sensation de voir une sorte de Naissance D'une Nation bis :)

Dimanche 20 Janvier 2013, 10:13 GMT+2 | Retour au début

En effet la réponse tarantinienne à Griffith est cinglante ! Mais "Naissance d'une Nation" avait déjà à l'époque de sa sortie (au début des années 10) suscité un tollé des association anti-racistes. Puis Griffith avait, en réponse à ces accusations, tourné "Intolerance" pour prouver son sentiment humaniste avant tout. Homme du Sud (son père était officier dans l'armée Confédérée), il n'en était pas moins un grand admirateur de Lincoln dont il filme la célèbre scène de l'assassinat dans "Naissance d'une Nation" (c'est Raoul Walsh l'assassin !) puis dans un biopic à la toute fin de sa carrière (83 ans avant Spielberg ! cf :http://princecranoir.mabulle.com/index.php/2012/06/28/205337-la-snquence-de-l-expectateur-n81)

voir aussi sur ce blog "Grand-père Griffith" : http://princecranoir.mabulle.com/index.php/2010/01/19/193398-grand-pere-griffith

Dimanche 20 Janvier 2013, 12:08 GMT+2 | Retour au début

borat8 dit

Perso ça me gonfle. Tarantino veut faire dans le réalisme, mais il n'en est jamais rien. Pour la BO, ça me gonfle vraiment. J'en ai marre des jukebox, fais une vraie BO merde! C'est quand même pas 100 millions de $ pour avoir une BO de Morricone!

Dimanche 20 Janvier 2013, 12:16 GMT+2 | Retour au début

J'suis pas certain qu'il veuille faire dans le réalisme justement. La charge est outrancière à dessein.

Quant à la mode de la BO référentielle, il en est plus ou moins l'initiateur dès "Reservoir dogs".

Dimanche 20 Janvier 2013, 12:26 GMT+2 | Retour au début

borat8 dit

Oui ben il ferrait mieux d'en faire une vraie.

Dimanche 20 Janvier 2013, 15:29 GMT+2 | Retour au début

Scorsese fait s'affronter les gangs of New York aux Five Points sur fond de techno-indus, Sophia Coppola fait danser Marie-Antoinette sur Siouxsie and the Banshees, alors pourquoi pas du gros rap dans un western de Tarantino.

Dimanche 20 Janvier 2013, 16:08 GMT+2 | Retour au début

borat8 dit

Coppola me dérange davantage parce qu'avec Marie Antoinette, c'était un what's the fuck total que ce soit les tonnes de libertés historiques, les Converse et d'autres choses.

Dimanche 20 Janvier 2013, 18:30 GMT+2 | Retour au début

"L'aventurier du texas"... Un bon western du duo Boetticher-Scott mais pas transcendant, ce duo a souvent fait trop classique... 2/4
"La Blonde et le shériff"... Ce film surtout connu pour jayne Mansfield qui n' a pas pour autant un rôle de potiche idiote comme Marylin Monroe a ses débuts, mais un véritable rôle. Un humour léger et clownesque dans le far west ça ne se refuse pas... 3/4
"Django unchained"... Excellent Tarantino, encore une fois néanmoins des petits bémols (anachronismes + humour KKK pourri) font que je ne peux aller à jusqu'à une note max... 3/4

Lundi 21 Janvier 2013, 15:00 GMT+2 | Retour au début

J'ai bien aimé l'alliage de l'humour et de la violence dans "Buchanan", et surtout cette suite de péripéties et de retournement sur une heure et quart de film. Bien meilleur en tous cas que "decision at Sundown".

"La blonde et le shérif" est un Walsh plaisant mais tout de même très en-dessous de ses meilleurs westerns ("They died...", "silver river", "Big trail", pour ne citer que ceux-là...)

Lundi 21 Janvier 2013, 19:05 GMT+2 | Retour au début

Flow dit

Malgré cette critique à même de convaincre les plus récalcitrants, tu ne me fera pas dire que Django était un grand film.
Je déteste Tarantino. Ce prétentieux si fier de ses effets grandiloquents qui cachent mal un cinéaste de seconde zone m'horripile au plus au point. Pourtant, je me disais que j'avais peut-être fait une erreur en regardant celui-ci. Les deux premières heures sont excellentes. Une histoire simple, sans excès (sauf de mise en scène, mais c'était léger) dont on éprouve du plaisir à la suivre. Pourquoi a t'il fallu que les trois derniers quart d'heure soient un concentré de ce que tout Tarantino fait de mal ? Plus que dommage.

Vendredi 25 Janvier 2013, 10:22 GMT+2 | Retour au début

La dernière portion de film est clairement de trop (toute la partiepost fusillade, aller et retour à Candyland). mais avant, c'est simplement brillant. Le début en effet est assez classique (si tant est qu'on considère les canons du western baroque comme tel) , un peu trop anecdotique à mon goût.

C'est certain, Tarantino est assez fier de son travail et ne se prend pas pour le dernier des tâcherons. C'est sûrement ce côté qui irrite. Malgré cela, il a su montrer cette fois-ci comme d'autres fois (Jacky Brown, Reservoir dogs) qu'il n'est pas qu'un réalisateur de l'esbrouffe mais un vrai grand metteur en scène à la précision reodutable.

Vendredi 25 Janvier 2013, 17:57 GMT+2 | Retour au début

Flow dit

J'incluais la fusillade dans les gros ratés ^^

Vendredi 25 Janvier 2013, 20:42 GMT+2 | Retour au début

Dans ce cas je ne plus rien pour toi. ;)

Samedi 26 Janvier 2013, 14:54 GMT+2 | Retour au début

dasola dit

Bonjour Princecranoir, je n'ai pas boudé mon plaisir et ce film m'a réconcilié avec Tarantino (dont je n'avait apprécié que Reservoir Dogs et Jackie Brown (vus à l'époque de leur sortie). Du grand cinéma. D'ailleurs, le public ne s'y trompe pas. C'est un triomphe en France.

Vendredi 1 Fevrier 2013, 10:51 GMT+2 | Retour au début

Bonjour Dasola,

Pas très fan de "Inglourious basterds" ? Pourtant Django rejoue la même histoire à l'envers, remplaçant les bourreaux nazis par des esclavagistes ricains et le bras vengeur du peuple Elu par un alliage de mythologie germano-africaine.

Vendredi 1 Fevrier 2013, 12:33 GMT+2 | Retour au début

Si je ne connais pas les deux premiers westerns, je constate que tu partages nettement l'engouement actuel pour Django. Bon cru de Tarantino en effet, et l'un de ses meilleurs depuis quelques temps... Tarantino trouve un bon équilibre pendant la majorité de son film, et le spectacle est finalement bien organisé. Dommage qu'on traîne en longueur sur la fin et que l'histoire s'y simplifie considérablement, en virant sur l'épuration blanche (pas pour rien selon moi que Samuel y passe : il a les cheveux blancs !). Bref, un spectacle qu'on apprécie, surtout sans Mélanie Laurent (quoiqu'elle aurait probablement été géniale en raciste qu'on aurait adoré détester...).

Jeudi 7 Fevrier 2013, 13:33 GMT+2 | Retour au début

U23 dit

Django est en effet un très bon film, mélant le western traditionnel au racisme et à l'esclavage qui y sont souvent occulté ...
Le rythme est bon, les images fortes mais comme dit un peu plus haut, la fin traine un peu en longueur et le générique de fin arrive lui aussi comme un cheveux sur la soupe, mais bon c'est souvent le cas avec tarantino ... Sorti de cela, c'est du pur bonheur, saignant et fort comme je les aime.

Jeudi 4 Avril 2013, 11:03 GMT+2 | Retour au début

Content de voir que nos avis s'accordent. Avec le recul, les défauts s'estompent et le meilleur du film persiste, le plaçant dans la liste de tête de mes préférés de l'année en cours. Attendons peut-être le double jugement du DVD.

Vendredi 5 Avril 2013, 09:26 GMT+2 | Retour au début